Chers amis, chers auditeurs, cher public,

Nous voilà parvenus à l’issue de 7 semaines d’interviews de musiciens et de partages de concerts enregistrés au Comptoir.

7 semaines où nous avons, avec le service communication de la ville de Fontenay-sous-Bois, œuvré d’arrache pieds pour conserver le lien, le contact entre les musiciens, nous et vous, 7 semaines intenses où nous avons été ensemble.

Cependant, au fil du temps, s’immisçait dans nos esprits l’idée que nous avancions à reculons et même peut être à l’envers !

Nous réalisions qu’il manquait à ces rendez-vous, l’essentiel : le spectacle vivant, vibration des présences communes, accordage entre musiciens et public, émerveillement commun. Cette dimension du réel qui par son souffle, son imprévisibilité, ses interactions, nourrit l’imaginaire, la création et suscite le désir. Désir d’être ensemble, désir de partager, d’échanger, bref de respirer notre humanité.

Nous réalisons également à l’issue de ces 7 semaines, en écoutant nos « dirigeants » que, non seulement, l’épreuve que nous traversons (malgré nos espoirs de prise de conscience d’un changement nécessaire) ne les ont pas fait quitter leur ligne, celle d’un capitalisme effréné et à tout prix, mais que de surcroît l’explosion généreuse et créative portée par beaucoup de citoyennes-ens sur comment rester en lien de façon virtuelle commençait à être récupérée et érigée en modèle.

Alors, oui au miracle d’inventions pour rester en lien, oui comme moyen, Non comme finalité.

Le télétravail, oui pour protéger, Non comme finalité, chacun dans sa boite, sans échanges réels.

Le télé enseignement, oui pour protéger, Non pour remplacer l’enseignant auprès de ses élèves.

La culture en boîte, oui pour faire lien, Non pour remplacer le spectacle vivant.

Un autre point fondamental est celui de la rétribution des musiciens, techniciens et de toute la chaîne culturelle. Doit-on soutenir plus longtemps le fait qu’ils ne soient pas rétribués ?

Il fallait demeurer force de proposition et passer à autre chose !

Nous avons décidé de choisir ce jour symbolique du 1er mai, qui n’est pas que la fête du muguet, pour arrêter nos « posts » quotidiens.

Ainsi mettrons-nous à profit ce temps retrouvé :

Pour lutter avec tous les acteurs de la profession à protéger les précaires, à obtenir des réponses claires d’un ministre aux abonnés absents sur les conditions de la réouverture des lieux de spectacles et dans quelles conditions, afin de pouvoir prévoir et s’organiser à minima.

Pour lutter contre le grand plongeon dans l’informatisation du monde, le traçage et le capitalisme numérique en prenant le temps de nous informer, de partager et d’échanger.

Enfin, ce temps retrouvé nous permettra de trouver les moyens financiers pour les rémunérations des musiciens et techniciens sur tous les concerts annulés pour qu’ils puissent vivre ! et traverser cette crise.

Il nous permettra également de préparer la saison prochaine en prenant en compte les nouveaux paramètres liés au virus.

Cependant, ce nouvel « espace » proposé par notre ville a permis incontestablement de donner à voir et à entendre la vitalité, la créativité, l’engagement et l’attachement à notre ville de beaucoup d’habitants de Fontenay.

Aussi, ensemble, pourrons-nous imaginer une nouvelle forme pour partager nos trésors, dans cet espace virtuel, mais pas « à la place » du spectacle vivant.

Nous reprendrons à notre compte cette phrase trouvée dans la très intéressante revue « Terrestres » : « Mais la vie connectée ne peut durablement se substituer à la vie vécue, et les succédanés de débats par Internet ne remplaceront jamais la présence en chair et en os, le dialogue de vive voix. Chacune et chacun doit réfléchir dès maintenant à la manière dont il est possible de défendre ce droit à la rencontre (réunions d’habitants, assemblées populaires, manifestations), sans lequel aucun droit politique n’est possible, et sans lequel aucun rapport de force, pour quelque lutte que ce soit, ne peut jamais se constituer. »

 Sophie Gastine et Pierre Fischer